Société d'Histoire de l'Eglise d'Alsace
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La « Société d’Histoire de l’Église d’Alsace » a été fondée le 20 avril 1926 par l’abbé Joseph Brauner (1892-1945), alors archiviste de l’évêché de Strasbourg. L’on peut distinguer quatre périodes dans son existence.

 

  1. De 1926 à 1944, la société (Gesellschaft für elsässische Kirchengeschichte) a publié un annuaire : Archiv für elsässische Kirchengeschichte (A.E.K.G.). Seize volumes ont paru.

Tous les articles, à une exception près, étaient rédigés en allemand. Chaque volume rassemblait les contributions d’une douzaine de collaborateurs, presque tous des prêtres. Deux historiens de grande valeur en constituaient les piliers : l’abbé Lucien Pfleger (1876-1944) et l’abbé Médard Barth (1886-1976). L’accent était mis sur la période médiévale.

La revue, d’allure austère, s’adressait principalement à des ecclésiastiques ; elle se cantonnait strictement dans le domaine religieux. Elle concurrença peu à peu la Revue Catholique d’Alsace (R.C.A.), dont la fondation remontait à 1859, qui, elle, publiait en langue française. D’une haute qualité scientifique, l’ A.E.K.G. réussit à atteindre le cap du millier d’abonnés. L’abbé Joseph Gass (1867-1951), directeur de la R.C.A. depuis 1928, après le décès de Nicolas Delsor, son re-fondateur en 1882 après une interruption de douze ans, servait de trait d’union entre les deux revues, publiant dans l’une et l’autre.

En 1930, Joseph Brauner avait été nommé directeur de la Bibliothèque et des Archives municipales de Strasbourg. A l’automne de 1939, il fut arrêté et emprisonné, sous l’inculpation d’atteinte à la sûreté de l’Etat, parce qu’il avait touché de Berlin des subsides, destinés à soutenir les milieux pangermanistes. Libéré après l’arrivée des Allemands, il signa le 17 juillet 1940 aux Trois-Epis, avec une quinzaine d'hommes politiques, le manifeste qui demandait le rattachement de l’Alsace au Reich. Il reprit ses fonctions et réussit encore durant la guerre à faire paraître deux volumes de l’ A.E.K.G. : les annuaires 1941-1942, et 1943. Interné au camp du Struthof après la Libération, ramené in extremis à l’hôpital de Strasbourg, il y décéda le 1er juin 1945.

 

  1. Il fallut un courage exemplaire pour reprendre le flambeau au lendemain de la guerre. Ce fut le mérite de l’abbé André Marcel Burg (1913-1987), nommé en 1946 directeur adjoint, puis directeur, du Musée, de la Bibliothèque et des Archives de la ville de Haguenau, de s’être attelé à cette tâche. Il le fit avec beaucoup de compétence et de dévouement.

Réorganisée lors de l’Assemblée Générale du 24 janvier 1946, la société prit le nom de « Société d’Histoire de l’Eglise d’Alsace » ; l’annuaire qu’elle publiera s’appellera Archives de l’Église d’Alsace. Le président de la nouvelle société était l’abbé René Metz (1910-2006), professeur à la Faculté de Théologie Catholique de l’Université de Strasbourg ; le secrétaire général et directeur des Archives, l’abbé Burg. Le premier numéro de la nouvelle série parut en 1946.

L’abbé Burg publia vingt-trois tomes des Archives. Ce fut l’époque de leur splendeur. Deux nouveaux phénomènes allaient se manifester progressivement : la diminution des études en allemand au profit de celles en français, la rédaction de plus en plus d’articles par des laïcs. Les époques médiévale et moderne dominèrent largement ; l’époque contemporaine ne s’ouvrit qu’épisodiquement. La revue maintint la qualité de ses publications et sa notoriété dans le monde scientifique. Cependant, le nombre des abonnés baissa avec le temps : 1500 en 1946, 500 en 1979. A la fin des années 70, Marcel Burg lança déjà un appel au clergé d’Alsace : « Sauvez les Archives de l’Église d’Alsace ».

 

  1. Une nouvelle période s’ouvrit en 1980. L’abbé René Epp, professeur à la Faculté de Théologie Catholique, succéda à l’abbé René Metz comme président de la société, tandis que les Archives furent dirigées de 1980 à 1987 par M. Claude Muller, professeur d’histoire, et de 1987 à 1999 par l’abbé René Levresse, chancelier et secrétaire général de l’archevêché. Le format de la revue changea. Treize volumes parurent encore. Une bonne équipe de rédacteurs en assura la publication.

Trois faits caractérisent cette période : le nombre toujours plus important de laïcs parmi les auteurs, la rédaction de la plupart des articles en français, la part toujours croissante qu’occupa la période contemporaine.

Mais le nombre des abonnés ne fit que baisser, du fait surtout de la raréfaction des prêtres. Les Conseils de fabrique qui avaient pourtant la possibilité de souscrire un abonnement pris sur le budget paroissial n’en profitèrent guère. A deux reprises, le président de la société, en accord avec les deux évêques successifs, Mgr Elchinger et Mgr Brand, lança un appel dans le bulletin diocésain, L’Eglise en Alsace, mais sans résultat. Si la revue a pu survivre encore quelque temps, ce fut grâce au Conseil régional d’Alsace et aux Conseils généraux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin qui acquirent, à chaque parution, un certain nombre d’exemplaires destinés aux lycées et aux collèges.

Le nombre des abonnés étant tombé à 250 et les difficultés financières ne faisant qu’augmenter, une Assemblée Générale extraordinaire décida le 17 mars 1999 d’arrêter la publication des Archives. Elle le fit avec tristesse et un brin d’amertume. Il lui semblait qu’avec la disparition de la revue c’est une partie du patrimoine religieux de l’Alsace qui était perdue et qu’un peu de son âme s’en allait.

 

  1. Les Archives disparaissaient, mais la « Société d’Histoire de l’Église d’Alsace » subsistait ; René Epp ne désespérait pas de la voir reprendre sa vitalité première. La société déplora dans la suite la perte de deux de ses membres particulièrement méritants : son secrétaire général, René Levresse, décédé en juillet 2005 et son ancien président, René Metz, décédé en octobre 2006. Mais des signes d’espoir apparaissaient à l’horizon : des forces neuves se manifestèrent et les publications religieuses se multiplièrent au début de ce XXIème siècle. Stimulé par la sympathie que lui ont toujours témoignée et l’appui que lui ont toujours apporté les présidents de la « Fédération des Sociétés d’Histoire et d’Archéologie d’Alsace », Marcel Thomann et Jean-Pierre Kintz, encouragé par le trésorier de la société, l’abbé André Grossmann, le président décida de convoquer une Assemblée Générale extraordinaire pour la réorganisation de la « Société d’Histoire de l’Église d’Alsace ».

Elle s’est tenue à Strasbourg au Palais Universitaire le 20 février 2008. Sur la proposition du président, un nouveau comité a été constitué. Ont été élus à l’unanimité : président M. Bernard Xibaut, chancelier et secrétaire général de l'archevêché, historien ; vice-président M. Louis Schlaefli, conservateur de la bibliothèque du grand séminaire, historien bien connu ; secrétaire général M. Jean-François Kovar, professeur de culture religieuse. M. André Grossmann, professeur d'histoire-géographie à la retraite, veut bien continuer à assumer transitoirement la charge de trésorier. De nouveaux membres ont été intégrés dans la société. Puis l’assemblée a proclamé M. René Epp président d’honneur de la société. De tout cœur nous souhaitons bonne chance à la « Société d’Histoire de l’Église d’Alsace » dans la nouvelle étape qu’elle entame.

 

Chanoine René Epp
Professeur émérite d'Histoire de l'Église à la Faculté de théologie catholique de l’Université Marc-Bloch de Strasbourg

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